Un an après la réélection de Paul Biya: Le septennat des grandes espérances à l’épreuve du réel

Douze mois après sa réélection à l’âge de 93 ans sous la bannière du « Septennat des grandes espérances », le président Paul Biya fait face au défi immense de transformer son slogan de campagne en réalisations concrètes pour les Camerounais.

Le 12 octobre 2025, le Cameroun achevait une séquence électorale d’une intensité rare, prolongeant pour sept années supplémentaires le bail politique du chef de l’État. Douze mois plus tard, le journal Expression politique dresse un premier bilan exhaustif de ce début de mandat. Placée sous le signe de la promesse fondatrice du candidat sortant, résumée par son mot d’ordre de campagne « Grandeur et Espérance : Le Septennat des grandes espérances », cette première année de gouvernance confronte les ambitions proclamées à la rude réalité socio-économique du pays.

L’élection présidentielle d’octobre 2025 s’est distinguée par une configuration inédite et une mobilisation forte des électeurs. À l’issue du dépouillement et de la proclamation officielle des résultats par le Conseil constitutionnel, le président sortant Paul Biya, âgé de 93 ans et candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), a conservé les clés de la magistrature suprême. Une victoire acquise dans un contexte de campagne singulier, marqué par une réserve physique contrainte qui n’a permis au chef de l’État d’effectuer qu’un seul déplacement public pour aller à la rencontre de ses électeurs.

Malgré cette campagne atypique, les scores officiels validés par les instances compétentes ont entériné la hiérarchie des forces en présence. Paul Biya pour le RDPC a recueilli 53,66 % des voix, soit 2 474 179 suffrages. Derrière lui, Issa Tchiroma Bakary, sous la bannière du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), s’est imposé comme le principal challenger avec 35,19 % des voix, représentant 1 622 334 suffrages.

La suite du classement confirme la présence d’autres forces politiques significatives. Cabral Libii Li Ngue Ngue du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) a obtenu 3,41 % des voix, soit 157 568 suffrages. Bello Bouba Maigari de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) a atteint 2,45 %, totalisant 112 758 voix. Enfin, Hermine Patricia Tomaino Njoya de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) a recueilli 1,66 % des suffrages, soit 76 721 voix.

Ce classement a mis en lumière la percée remarquable d’Issa Tchiroma Bakary, qui a polarisé une part substantielle de l’électorat contestataire, tandis que les autres formations politiques se partageaient le reste des voix. Dès lors, le nouveau septennat s’est ouvert sous le signe d’une légitimité confirmée dans les urnes, mais immédiatement talonnée par des attentes sociales et économiques colossales.

Le grand chantier de l’assainissement économique

Sur le plan de l’action publique et de la gestion des affaires de l’État, les douze derniers mois ont été dominés par la nécessité impérieuse de rétablir les équilibres macroéconomiques, en écho direct aux promesses de prospérité et de grandeur portées par le chef de l’État. Le gouvernement s’est attelé à un vaste travail de nettoyage et de restructuration au sein des secteurs stratégiques.

Dans le secteur de l’énergie, l’évaluation des cent premiers jours de la nouvelle équipe dirigeante de la Société camerounaise d’électricité (Socadel) a révélé la complexité du redressement. Malgré des recettes mensuelles portées à 32 milliards de FCFA, soutenues par une lutte accrue contre la fraude et l’élargissement du réseau, le déficit structurel reste abyssal, lesté par un écart persistant entre le coût de revient du kilowattheure et son prix de vente. Les arriérés de paiement envers les producteurs indépendants et le transporteur témoignent de la fragilité systémique qui pèse encore sur l’économie nationale.

Parallèlement, le secteur technologique et douanier a connu des turbulences majeures, à l’instar de la restructuration de Campass Plc, marquée par l’éviction d’actionnaires défaillants et une recapitalisation massive portée à 6,1 milliards de FCFA. Ces manœuvres financières visent à redonner de la crédibilité et de la fluidité à la chaîne douanière. Néanmoins, pour Expression politique, la question centrale demeure la traduction de ces opérations techniques en prospérité tangible pour les citoyens.

Entre inflation et pression sur le pouvoir d’achat

Si les indicateurs macroéconomiques et les notes de cadrage budgétaire s’efforcent de rassurer les partenaires multilatéraux du Cameroun, le quotidien des ménages dans les grands centres urbains comme Douala et Yaoundé reste marqué par une forte précarité. La persistance de la vie chère, la cherté des produits de première nécessité et la pression continue sur le pouvoir d’achat contrastent cruellement avec l’optimisme affiché à travers le slogan du « Septennat des grandes espérances ».

Les promesses formulées lors de la campagne d’octobre 2025, notamment en matière d’accès universel à l’eau, à l’électricité de qualité, et de création d’emplois décents pour la jeunesse, font l’objet d’une surveillance citoyenne de plus en plus exigeante. Le décalage entre les discours officiels sur les réformes et la persistance des difficultés d’approvisionnement ou des délestages rappelle que l’exécutif ne peut se contenter de victoires comptables.

L’urgence des résultats tangibles

À l’entame de sa deuxième année, le pouvoir en place se trouve face à un impératif de résultats. La réélection de Paul Biya a scellé un choix institutionnel, mais la pérennité de ce nouveau bail politique dépendra de la capacité du gouvernement à opérer une rupture avec les pesanteurs bureaucratiques et les goulets d’étranglement financiers pour honorer enfin ses promesses.

Pour répondre aux aspirations d’une population jeune et impatiente qui attend de voir la grandeur promise se traduire dans son quotidien, l’État devra impérativement concrétiser ses chantiers de décentralisation, sécuriser durablement les bassins de production et améliorer l’offre de services sociaux de base. L’An I de ce septennat s’achève donc sur un constat contrasté, entre un pouvoir solidement ancré au sommet de l’État et une légitimité d’action désormais mesurée à l’aune de son efficacité concrète sur le terrain.

 

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