Élections: La société civile et le Pcrn dénoncent un calendrier « confisqué »

À Yaoundé, fin mars 2026, des organisations de la société civile et le député Cabral Libii ont reconnu la légalité des reports des mandats électifs, tout en dénonçant leurs effets sur la crédibilité et la sincérité du processus électoral.

Le doute s’installe autour du calendrier électoral. Dans une déclaration rendue publique le 27 mars 2026, un groupe d’organisations de la société civile, notamment, Un Monde Avenir de Philippe Nanga, le Redhac de Maximilienne Ngo Mbe, tire la sonnette d’alarme face à ce qu’il qualifie d’« avalanche d’actes d’illégalité et d’insécurité juridique ». En ligne de mire : les prorogations successives des mandats des députés et des conseillers municipaux, perçues comme un frein au fonctionnement normal de la démocratie.

A leur suite, à l’Assemblée nationale, le député Cabral Libii, du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn), enfonce le clou. Lors des débats sur la révision de l’article 170 du Code électoral, il met en cause un système qui permet au président de la République de prolonger les mandats par simple décret. « Peut-on accepter que celui qui participe au jeu politique puisse aussi en fixer les échéances à sa guise ? », interroge-t-il devant ses collègues.

Au cœur de la contestation, une même inquiétude : le contrôle du calendrier électoral. Pour la société civile, la situation actuelle crée un flou qui nuit à la crédibilité des scrutins. Elle rappelle pourtant que la loi fixe des règles claires. Les députés sont élus pour cinq ans et l’élection doit intervenir avant la fin de leur mandat. Mais dans les faits, ce calendrier a été bousculé. En juillet 2024, le mandat des députés a été prolongé jusqu’en mars 2025. Puis, en mars 2026, une nouvelle loi a repoussé l’échéance à décembre 2026. Résultat : les prochaines élections législatives pourraient se tenir entre janvier et avril 2027.

Si ces ajustements restent juridiquement possibles, la société civile estime qu’ils fragilisent les principes de transparence et de régularité. « Une élection doit se tenir à intervalles réguliers, sans susciter de doute », insiste le collectif. Le même constat s’applique aux communes. Le mandat des conseillers municipaux, arrivé à échéance en février 2025, a été prolongé jusqu’en mai 2026. Pourtant, selon les règles en vigueur, le corps électoral aurait déjà dû être convoqué. Pour les organisations signataires, ce décalage alimente une « spirale d’insécurité juridique ».

Sur ce point, Cabral Libii rejoint les inquiétudes exprimées. Il dénonce une « régression démocratique » et met en garde contre les risques d’un pouvoir trop concentré. « Proroger un mandat, c’est retarder le moment où les citoyens peuvent s’exprimer », affirme-t-il. Selon lui, laisser cette décision entre les mains d’un seul acteur affaiblit la confiance dans le processus électoral. Cependant, ni la société civile ni le Pcrn ne rejettent totalement le principe de la prorogation. Tous reconnaissent que des circonstances exceptionnelles peuvent justifier un report. Mais ils insistent sur la nécessité d’un encadrement plus strict. « Une prorogation doit être décidée par la loi, après débat parlementaire », propose Cabral Libii, plaidant pour un mécanisme plus équilibré.

De son côté, la société civile appelle à un dialogue élargi. Elle invite le président de la République à « mettre en place un cadre de concertation avec les partis politiques » afin de sortir de l’impasse actuelle. Pour elle, toute décision de report doit reposer sur un consensus et non sur une décision unilatérale.

H.T

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