Visite du pape au Cameroun: Léon XIV appelle à briser les chaînes de la corruption

Dans un discours ferme à l’occasion de sa visite de courtoisie au président de la République le 15 avril, le successeur de saint Pierre a exhorté les autorités à placer la transparence au cœur des priorités nationales.

Il n’aura fallu que quelques phrases pour comprendre que le ton serait différent. Face aux autorités camerounaises, au corps diplomatique et la société réunies au palais de l’Unité, le 15 avril dernier, le pape Léon XIV n’a pas seulement livré un message pastoral : il a posé un diagnostic lucide, parfois sévère, sur les dérives qui fragilisent l’État. Et au centre de son propos, un mot s’est imposé avec insistance : corruption.

Devant le président Paul Biya, le souverain pontife a exhorté à « oser un examen de conscience » et à engager « un saut qualitatif courageux ». Une formule qui, sous ses airs mesurés, sonne comme un appel pressant à rompre avec des pratiques qui minent la confiance publique. Pour Léon XIV, la transparence dans la gestion des ressources et le respect de l’État de droit ne relèvent pas de l’option, mais de la nécessité.

« Briser les chaînes de la corruption » : l’expression, forte, marque l’un des temps forts de son allocution. Elle résume une inquiétude largement partagée dans un pays où les accusations de détournements et de mauvaise gouvernance sont récurrentes. Selon Transparency International, le Cameroun figure parmi les pays les plus exposés au phénomène, occupant une place peu enviable dans l’indice de perception de la corruption. Une réalité que le pape n’a pas ignorée, préférant toutefois l’aborder sans frontalité accusatrice, mais avec une clarté assumée.

Pour le pape, la corruption n’est pas seulement un dysfonctionnement administratif. Elle est présentée comme une dérive morale. « Libérer le cœur de cette soif de gain qui est une idolâtrie », a-t-il lancé, élargissant le débat au-delà des institutions pour toucher les consciences individuelles. Une manière de rappeler que la lutte contre ce fléau passe autant par des réformes structurelles que par une transformation éthique.

Mais cette exigence de probité s’inscrit dans une vision plus large de la gouvernance. Pour Léon XIV, l’autorité publique doit être « un pont, et jamais un facteur de division ». Une conception exigeante du pouvoir, appelé à fédérer plutôt qu’à fracturer, dans un contexte où les tensions sécuritaires et sociales restent vives.

La question des droits de l’homme s’est imposée comme le second pilier de son intervention. Sans dissocier sécurité et liberté, le pape a insisté sur la nécessité de concilier fermeté et respect de la dignité humaine. « La sécurité est une priorité », a-t-il reconnu, avant d’ajouter qu’elle doit être assurée « dans le respect des droits de l’homme », avec une attention particulière portée aux plus vulnérables.

Dans un pays confronté à des défis sécuritaires complexes, ce rappel n’est pas anodin. Il trace une ligne de crête entre impératif de stabilité et exigence de justice. Pour le chef de l’Église catholique, une paix durable ne peut exister que si chaque citoyen se sent « protégé, écouté et respecté ». La loi, dans cette perspective, doit être un rempart contre « l’arbitraire des plus riches et des plus forts ».

Au-delà du constat, Léon XIV a esquissé des pistes d’action. Il a notamment insisté sur le rôle des institutions, appelées à devenir « justes et crédibles », condition essentielle pour restaurer la confiance. Une confiance aujourd’hui fragilisée, mais qu’il juge encore possible de reconstruire, à condition d’un engagement sincère des dirigeants.

Julien Efila

 

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