Vacances: Les jeunes scolaires en débrouillardise

À Douala, malgré les risques d’inondations et les menaces d’enlèvements, de plus en plus de mineurs s’adonnent au petit commerce de rue pendant ces grandes vacances scolaires.

Dans la cité économique du Cameroun, sous la pluie, les voix des enfants résonnent. Il est environ 8 h 30 du matin au carrefour Ndokoti ce 3 juillet 2025. Sous un ciel bas et menaçant, des enfants se baladent d’un pas décidé. À peine âgés de 11 à 14 ans pour la plupart, ils tiennent dans leurs bras des bassines transparentes posées sur la tête, pleines de beignets, d’arachides ou de maïs bouilli. Certains, plus débrouillards, vendent des œufs durs ou du jus naturel. « Je fais ce petit commerce à chaque vacances scolaires », révèle le petit Junior, vendeur de maïs frais bouilli. Paradoxalement, ce dernier, âgé d’environ 15 ans ou moins, se dit « fier » de participer aux charges de la maison. « Quand je vends bien, je peux acheter mes baskets moi-même. Je n’aime pas dépendre complètement de mes parents », a-t-il avoué. Ce discours séduit certains parents qui voient dans le commerce une école de la vie. « On doit inculquer le sens du travail chez l’enfant dès le bas âge », exprime Joseph Kenfack, commerçant.

Ainsi, l’enfant-marchand devient parfois un modèle de bravoure et d’endurance où la débrouillardise est valorisée. Depuis quelques années, à cette même période, le phénomène prend de l’ampleur à Douala. D’abord discret, il est aujourd’hui si visible qu’il attire l’attention des associations, des riverains, etc. Une activité devenue refuge face à la précarité, mais qui place ces enfants face à des risques graves, allant de l’insécurité à l’exploitation, en passant par les catastrophes liées aux intempéries. Cependant pour beaucoup de familles, cela n’a rien d’un choix. C’est une nécessité. « Mon fils est en classe de 5ᵉ. Pendant les vacances, il vend les arachides que je cuis. Sinon, je ne peux pas payer ses fournitures de rentrée », avoue Awa, vendeuse de maïs braisé. Il faut le dire, ces visages juvéniles, trempés par la pluie et plissés par l’effort, rappellent que derrière chaque plateau de beignets, il y a une histoire. Une enfance mise en pause. Une vie en équilibre précaire.

La situation économique, marquée par l’inflation et le chômage structurel, pousse de nombreux foyers à « mobiliser » leurs enfants pendant les vacances ; pourtant celles-ci coïncident avec la saison des pluies torrentielles dans la capitale économique. « Il y a des jours où l’eau m’arrive jusqu’aux genoux. J’ai déjà glissé une fois, et tout mon plateau est tombé dans la boue », témoigne Myriam, jeune commerçante âgée de 13 ans. Pourtant ces inondations entraînent non seulement la perte de marchandise et exposent les enfants à des risques sanitaires et physiques comme les glissades, noyades, électrocutions, morsures d’animaux. De source anonyme, l’on apprend que l’hôpital Laquintinie de Douala a enregistré 15 cas d’accidents liés à des enfants commerçants durant les pluies, rien que pour le mois de juin 2025. Cependant, l’ombre plus sombre est celle des kidnappings. D’après la délégation régionale à la sécurité nationale, plusieurs cas d’enlèvements de mineurs ont été recensés dans les cinq arrondissements de Douala depuis le début des vacances.

Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’intensifie. Malgré les risques, les autorités ferment les yeux. Pour certains acteurs de la société civile, il faudrait une cellule spéciale dédiée à la protection des enfants vendeurs. Par ailleurs, délaissant le commerce, d’autres élèves se muent en manœuvres et on les voit dans les chantiers à Douala, transporter du sable, du ciment ou encore ravitailler en eau les ouvriers professionnels. Pour ces petits travaux, le salaire journalier est compris de 500 à 1000 FCFA. Cette main-d’œuvre moins chère est prisée par beaucoup de chefs de chantier. Cependant, aussi admirable que soit l’ambition de ces élèves qui ont opté de ne pas « attendre tout » de leurs parents, beaucoup d’entre eux enfreignent la législation camerounaise car n’ayant pas l’âge légal pour travailler, c’est-à-dire plus de 14 ans. Rappelons également que l’Unicef, dans un rapport récemment publié au Cameroun, a dénoncé le travail des enfants dans certaines régions du pays, regrettant que cette situation soit à l’instigation des parents et avec la bénédiction des autorités.

Charles Totchum

About Post Author

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Résoudre : *
28 − 22 =


Enregistrez vous à notre newsletter