Relances des concours ENS–ENSET : Une réponse suffisante face à la fuite des enseignants vers l’étranger ?

Si la réouverture des concours d’entrée dans ces grandes écoles est saluée comme une avancée majeure pour l’emploi des jeunes, elle soulève aussi des interrogations dans un contexte marqué par l’exode croissant des enseignants vers l’étranger.

L’ouverture de 2 525 places dans les Écoles normales supérieures (ENS) et les Écoles normales supérieures d’enseignement technique (ENSET) marque indéniablement un tournant après trois années d’interruption. Pour l’État, il s’agit à la fois de tenir une promesse présidentielle et de répondre à l’urgence du déficit d’enseignants dans les lycées et collèges du pays. Mais au-delà de l’annonce, une question centrale demeure : que valent encore ces concours dans un environnement où l’enseignement ne fait plus rêver autant ?

En effet, de depuis plusieurs années, le métier d’enseignant au Cameroun est confronté à une crise d’attractivité. Faibles rémunérations, conditions de vie et surtout de travail difficiles, classes surchargées, lenteur des avancements et incertitudes administratives ont progressivement érodé l’image d’une profession jadis perçue comme stable et prestigieuse. Résultat : de nombreux seigneurs de la craie formés à grands frais par l’État, avec l’argent du contribuable choisissent de tourner le dos au système éducatif national pour des pâturages plus verts ailleurs.

 

Le Canada s’est imposé comme l’une des destinations privilégiées de cette fuite des compétences. Grâce à des politiques d’immigration attractives et à une forte demande dans le secteur éducatif, ce pays attire chaque année des milliers d’enseignants camerounais, parfois même avant leur première affectation effective. Cette saignée pose un sérieux problème d’efficacité des politiques publiques de formation.

Dans ce contexte, la relance des concours ENS et ENSET apparaît comme une solution nécessaire, mais insuffisante. Certes, elle permet de recruter de nouveaux enseignants et d’offrir une perspective professionnelle à des milliers de jeunes diplômés. Mais sans une amélioration substantielle des conditions d’exercice du métier, le risque est grand de voir se reproduire le même cycle : former, recruter, puis perdre ces enseignants au profit d’autres horizons.

Pour stopper cette hémorragie, le gouvernement est appelé à aller au-delà des concours. La revalorisation salariale, longtemps évoquée, reste une attente forte du corps enseignant. À cela s’ajoutent la nécessité d’un meilleur accompagnement professionnel, d’infrastructures scolaires adaptées, d’une gestion plus transparente des carrières et d’un dialogue social apaisé.

Par ailleurs, il devient urgent de repenser la politique de fidélisation des enseignants. Des mécanismes d’incitation, comme des primes en zones difficiles, des facilités de logement ou des opportunités de formation continue, pourraient contribuer à redonner de l’attractivité au métier. Sans ces mesures, les concours risquent de n’être qu’un palliatif temporaire à une crise plus profonde.

En définitive, l’ouverture des concours ENS et ENSET est un signal politique fort et une réponse bienvenue à la détresse de la jeunesse diplômée. Mais pour qu’elle produise des effets durables, cette décision doit s’inscrire dans une réforme globale du système éducatif. À défaut, les concours continueront de faire courir avant que les enseignants ne prennent, une fois encore, le chemin de l’exil. C’est ce qu’on appelle communément : former au bénéfice des pays étrangers.

 

Julien Efila

 

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