Intégration régionale: 30 millions d’euros pour les corridors 5 et 6

Une coopération en gestation entre le Fonds routier et Expertise France pourrait accélérer la modernisation des principaux axes reliant le Cameroun aux pays de l’hinterland et renforcer les échanges commerciaux en Afrique centrale.

Le renforcement des infrastructures de transport en Afrique centrale pourrait connaître une nouvelle impulsion. Le 7 juillet 2026, l’Administrateur du Fonds routier, Aubin Essaïe Moussa, a reçu une délégation d’Expertise France venue explorer les contours d’un partenariat autour du programme Mesures d’accompagnement pour la réalisation des corridors stratégiques d’Afrique centrale (Corac). Au cœur des échanges : la modernisation des corridors 5 et 6, deux axes essentiels reliant le Cameroun au Tchad et à la République Centrafricaine. Conduite par Franky Awounkeng, coordinateur du Corridor 5, et Hilary Kengue, responsable de la composante 2 du projet, la délégation française est venue présenter les ambitions de ce programme soutenu par la stratégie européenne Global Gateway. Doté d’une enveloppe de près de 30 millions d’euros pour la période 2025-2029, Corac ambitionne d’améliorer la connectivité régionale, de fluidifier les échanges commerciaux et de renforcer la sécurité du transport sur les principaux axes routiers d’Afrique centrale.

Les corridors concernés occupent une place stratégique dans l’intégration sous-régionale. Le Corridor 5 assure la liaison entre le Cameroun et le Tchad, tandis que le Corridor 6 relie le Cameroun à la République centrafricaine. Ces deux itinéraires constituent les principales portes d’accès des pays enclavés vers les infrastructures portuaires camerounaises, notamment le port de Douala. Chaque année, des milliers de tonnes de marchandises y transitent, alimentant les économies des trois pays. Malgré leur importance, ces axes demeurent confrontés à de nombreux défis. L’état de certaines infrastructures, les difficultés d’entretien, les lenteurs logistiques et les contraintes sécuritaires continuent d’allonger les délais de transport et d’accroître les coûts supportés par les opérateurs économiques. Ces insuffisances pèsent sur la compétitivité des entreprises et freinent la dynamique des échanges commerciaux dans l’espace Cemac.

La rencontre du 7 juillet a également mis en évidence une convergence entre les objectifs du programme Corac et les nouvelles missions confiées au Fonds routier camerounais. Depuis le décret du 10 juillet 2025, cette institution ne se limite plus au financement de l’entretien routier. Ses compétences couvrent désormais les études techniques, le financement des investissements, la protection du patrimoine routier, la gestion des péages ainsi que la mobilisation de ressources destinées au développement des infrastructures. Cette évolution institutionnelle renforce la capacité du Fonds routier à intervenir comme partenaire de projets structurants à l’échelle régionale. Pour Expertise France, cette nouvelle configuration offre des perspectives intéressantes pour développer des mécanismes de financement plus innovants et assurer une meilleure durabilité des investissements réalisés sur les corridors internationaux.

Les deux parties ont ainsi exprimé leur volonté de poursuivre les discussions en vue de formaliser un partenariat. L’objectif est de coordonner les interventions techniques et financières afin d’optimiser l’utilisation des ressources mobilisées dans le cadre de Corac et de renforcer l’efficacité des investissements destinés aux infrastructures routières. Au-delà des aspects techniques, ce rapprochement s’inscrit dans une vision plus large de l’intégration régionale. En améliorant la qualité des corridors 5 et 6, les partenaires espèrent faciliter la circulation des biens et des personnes, soutenir la croissance économique et renforcer les échanges entre les États d’Afrique centrale. Pour le Cameroun, dont les ports constituent une porte d’entrée majeure vers les pays de l’hinterland, le développement de ces infrastructures représente également un levier de compétitivité et d’attractivité économique.

Si les concertations débouchent sur un accord formel, ce partenariat pourrait constituer une étape importante dans la modernisation des réseaux routiers de la sous-région et contribuer à faire des corridors stratégiques de véritables moteurs de l’intégration économique en Afrique centrale.

Diane Kenfack

 

 

 

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