Eau et assainissement: Yaoundé, au cœur des priorités africaines
Entre réformes, financements et innovations, le 23ᵉ congrès de l’Association africaine de l’Eau et de l’Assainissement (Aaea), tenu du 9 au 13 février, a transformé l’urgence hydrique du continent en feuille de route opérationnelle.
Il y a des sommets qui accumulent les déclarations, et d’autres qui cherchent à produire des résultats. Du 9 au 13 février dernier, la capitale camerounaise a voulu appartenir à la seconde catégorie.
En accueillant le 23ᵉ Congrès international et exposition de l’Aaea, le Cameroun s’est placé au centre d’un débat crucial : comment garantir, à l’horizon 2030, un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement dans un continent où les besoins explosent. Le thème : « Eau et assainissement pour tous : des actions fortes pour l’Afrique » n’a donc guère laissé de place aux généralités.
Face à la croissance démographique, à l’urbanisation accélérée et aux effets de plus en plus tangibles du changement climatique, les participants ont insisté sur la nécessité d’orienter les politiques publiques vers des résultats mesurables, notamment l’extension des réseaux, l’amélioration de la qualité du service, la réduction des pertes et la sécurisation durable des ressources, pour ne citer que ces cas.
S’inscrivant en toile de fond des objectifs de développement durable fixés par l’Organisation des Nations unies, dont l’échéance de 2030 approche à grands pas, l’enjeu du congrès de Yaoundé a donc été clair : sans accélération significative des investissements et des réformes, de nombreux pays africains resteront en deçà des cibles en matière d’eau et d’assainissement.
Au cœur des échanges : la performance des opérateurs. Moderniser les infrastructures ne suffit plus ; il faut aussi professionnaliser la gestion, fiabiliser les données, numériser les réseaux et réduire les pertes techniques et commerciales qui grèvent les recettes.
Le Cameroun, pays hôte, a saisi l’occasion pour exposer ses propres défis. La Camwater, entreprise publique chargée de la production et de la distribution d’eau potable, a détaillé sa stratégie axée sur l’extension des réseaux urbains, la réhabilitation d’ouvrages vieillissants et la recherche de financements innovants. L’objectif affiché : accroître significativement le taux de desserte tout en améliorant la continuité et la qualité du service. Au-delà des annonces, les autorités misent sur des partenariats techniques et financiers capables d’accompagner des projets d’envergure.
L’un des fils conducteurs du congrès a été la résilience climatique. Sécheresses plus fréquentes, inondations destructrices, variabilité accrue des précipitations : la pression sur les ressources en eau s’intensifie. Les experts ont souligné la nécessité d’intégrer l’adaptation climatique dans la planification des infrastructures, en diversifiant les sources d’approvisionnement, en protégeant les bassins versants et en améliorant la gestion intégrée des ressources en eau.
Autre priorité : réduire les inégalités territoriales. Dans de nombreux pays, l’écart reste marqué entre centres urbains et zones rurales, mais aussi entre quartiers formels et informels. Les discussions ont insisté sur l’importance de modèles économiques inclusifs, capables de desservir les populations à faibles revenus sans compromettre l’équilibre financier des opérateurs. La question tarifaire, sensible, a été abordée sous l’angle de la soutenabilité et de la solidarité.
J.E

