Déchéance: La chute de Cavaye Yeguie

Celui qui est désormais ex-président de l’Assemblée nationale après 34 ans sans discontinuer au perchoir a multiplié des bourdes ces derniers temps.

Des sources bien renseignées révèlent que la veille de son limogeage comme président de l’Assemblée nationale (PAN), la présidence de la République a envoyé un émissaire informer Cavaye Yeguié Djibril que le président de la République et président du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), Paul Biya, a jeté son dévolu sur une nouvelle personnalité. Dans un premier temps, celui qui est encore PAN et espère que son bail sera renouvelé au cours de la session parlementaire de mars en cours, déclare qu’il est sceptique. « Le président ne m’a pas informé de ça », lance le PAN à l’émissaire d’Etoudi. Il finira par s’y résoudre quand le comité central du Rdpc est convoqué et les députés en sortent avec une nouvelle consigne de vote : Théodore Datouo.

Jusqu’ici vice-président de la Chambre basse du parlement, âgé de 66 ans, originaire de Bangou dans la région de l’Ouest, n’était pas forcément attendu à ce niveau. Mais en quelques heures, le rapport de force s’est inversé. « Le parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) a choisi d’insuffler un nouveau souffle à l’Assemblée », confie une source interne. À l’hémicycle « Paul Biya » de Yaoundé, l’élection du nouveau bureau a acté ce basculement. Au-delà du perchoir, les lignes ont bougé. L’honorable Kamsouloum accède au poste de vice-président, tandis que Salomon Douvogo devient questeur.

En effet, le départ de Cavaye Yeguié Djibril sonne comme un tournant. En poste depuis 1992, l’homme incarne une stabilité presque immuable, consolidée au fil des années par les équilibres politiques du pays. Réélu encore en 2024 pour la 32e fois consécutive, il semble indéboulonnable. Pourtant, ces derniers mois, les signaux d’essoufflement se sont multipliés. Entre absences remarquées lors des cérémonies officielles et apparitions publiques jugées fragiles, les interrogations ont gagné les observateurs. « Il y avait comme un vide qui s’installait au sommet », analyse un analyste politique.

Un épisode a particulièrement marqué les esprits. Le 6 novembre 2025, lors de la prestation de serment du président de la République, Cavaye Yeguié Djibril a remis un stylo symbolique à Paul Biya, l’invitant à s’en servir pour nommer un nouveau gouvernement. Un geste fort, interprété par certains comme un signal politique, voire un aveu de passage de témoin imminent. Dans ce contexte, l’arrivée de Théodore Datouo apparaît comme une transition maîtrisée plutôt qu’une rupture brutale. Député et opérateur économique, ce fidèle du système connaît bien les rouages de l’institution. Il a notamment supervisé les travaux du nouveau siège de l’Assemblée nationale, symbole du renouveau architectural du pouvoir législatif. « Je mesure la responsabilité qui m’incombe », aurait-il déclaré en marge de son élection, promettant de « poursuivre le travail dans l’intérêt des Camerounais ».

Mais au-delà du changement d’homme, c’est toute une dynamique qui semble s’amorcer. Car si Cavaye Yeguié Djibril représentait une certaine continuité, Théodore Datouo incarne, lui, une nouvelle génération au sein du même appareil politique. Sa proximité avec son prédécesseur pourrait faciliter la transition, tout en rassurant les équilibres internes. Reste que cette décision du Rdpc pourrait annoncer d’autres mouvements au sommet de l’État. Déjà, certains observateurs évoquent un possible effet domino dans les grandes institutions. « Ce qui vient de se passer n’est sans doute qu’un début », glisse un cadre du parti.

Scandales

Le 9 novembre 2023, un document attribué au président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, nomme Kamsouloum Elhadji Hachimi au poste de directeur de cabinet. L’Administrateur principal de la santé remplace à ce poste, Boukar Abdourahim. Daté du même jour, un autre communiqué circule sur les réseaux sociaux pour démentir ce limogeage. On peut y lire que « le président de l’assemblée du Cameroun porte à la connaissance de l’opinion publique (…) qu’il n’a procédé ce jour à aucun changement au sein de son cabinet. Des individus sans foi ni loi ont imité sa signature et fabriqué des cachets pour (…) une entreprise de déstabilisation ». Les auteurs sont qualifiés de « bandits de grand chemin » et le communiqué déclare qu’ils seront « traqués ». En bas du texte signé, le nom du président de l’assemblée, Cavayé Yeguié Djibril. Des communications contradictoires, toutes deux attribuées au président de la chambre basse du Parlement camerounais. Depuis lors, la situation demeure confuse. Et personne n’a été inquiété.

Oumarou Mey

 

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